Laëtitia Desvois a réalisé sa thèse, intitulée Nettoyer le vernis des peintures au moyen de microémulsions sans tensioactif peu toxiques et plus écologiques. De la conception de ces protocoles à leur application en laboratoires, en ateliers et sur chantiers, dans le cadre de l’EUR Humanités, Création, Patrimoine, sous la direction de Thierry Sarmant, avec l’encadrement de Fanny Bauchau, Gaël Latour et Chris Stavroudis.
Elle soutiendra sa thèse le mercredi 28 janvier 2026 à 14 h, à l’Institut national du patrimoine, salle Braudel–David Neel, 2 rue Vivienne, 75002 Paris.
La soutenance pourra également être suivie à distance via Zoom :
https://us06web.zoom.us/j/83064026786?pwd=SwRKtyvB93qbp4ZyST4MYbqj8eCNGB.1
Résumé
Sujette à débat depuis le XVIIᵉ siècle, cette question ressurgit chaque fois qu’un tableau illustre doit être soumis à ce traitement. L’étude historique menée dans ce travail retrace l’évolution des matériaux employés pour les vernis, des usages et des représentations qui leur sont associés, ainsi que la diversité des protocoles développés pour les traiter. Elle met en évidence les changements de perception de la peinture au fil du temps et la manière dont chaque intervention de restauration modifie l’interprétation de l’image.
Jusqu’au début du XXIᵉ siècle, les solvants issus de la pétrochimie, polluants et toxiques, potentiellement dangereux pour les matériaux constitutifs, étaient systématiquement employés pour traiter le vernis d’une couche picturale. Aujourd’hui, des émulsions, principalement composées d’eau et associées à des écosolvants, peuvent leur être substituées.
Cette recherche a permis de concevoir et d’évaluer des microémulsions sans tensioactif (Surfactant Free Microemulsions, SFME) comme nouvelles options de traitement des vernis en conservation-restauration. Leur capacité à solubiliser des vernis dégradés, à base de résines naturelles et synthétiques, a été étudiée en lien avec leur structure, leurs propriétés physico-chimiques et leurs interactions avec les peintures à l’huile. Les résultats ont été comparés à ceux obtenus avec des solvants organiques et des systèmes aqueux conventionnels.
Des essais ont été conduits sur des cas concrets, en atelier et sur chantier, afin d’évaluer les performances et l’innocuité des SFME. Les expérimentations ont également permis d’identifier certains risques liés à leur usage : modifications topographiques de surface, rétention de solvants et phénomènes de lixiviation susceptibles d’affecter la stabilité des couches picturales.
Au terme de ce travail, certaines formulations de SFME se révèlent adaptées à l’intégration dans les protocoles de traitement des vernis, notamment dans des situations complexes impliquant des vernis oléo-résineux ou huileux, des repeints peu solubles, ou dans le cadre de chantiers monumentaux, où elles constituent une alternative moins toxique aux solvants organiques.
Enfin, l’analyse des peintures après traitement, mise en relation avec les protocoles employés, ainsi que l’examen systématique des vernis présents avant intervention, permettraient d’enrichir les connaissances, d’orienter les choix méthodologiques et de renforcer la sécurité des traitements appliqués aux vernis dégradés des peintures.
Membres du jury
Régis BERTHOLON, professeur, Haute École Arc Conservation Restauration (HE-Arc CR), HES-SO, Neuchâtel ;
Laurence de VIGUERIE, chargée de recherche, Laboratoire d’archéologie moléculaire et structurale (LAMS, UMR 8220, CNRS – Sorbonne Université, Paris), rapporteure ;
Ina REICHE, directrice de recherche, Centre de recherche et de restauration des musées de France (Lab-BC, UAR 3506, CNRS – C2RMF – Chimie ParisTech/PSL – ministère de la Culture), rapporteure ;
Gaël LATOUR, maître de conférences, Laboratoire d’optique et biosciences (LOB, UMR 7645, École polytechnique – CNRS – Inserm – Institut Polytechnique de Paris), Palaiseau, examinateur ;
Bénédicte TRÉMOLIÈRES, conservatrice-restauratrice, docteure en histoire de l’art, examinatrice ;
Thierry SARMANT, conservateur général du patrimoine, Archives nationales, Paris, directeur.